Mon premier voyage

Mon premier voyage
Elle est partie le 26 juin et moi, je voulais la retrouver. J’ai plié bagage, acheté un billet pour le Nicaragua et je me suis envolée. Dans ce ciel nuageux, ce vide qui m’entourait n’était rien, à côté de celui qui m’habitait.

Ce vide intérieur, qui faisait écho à tout et à rien, me ramenait sans cesse à cette obsession : « je devais la toucher! ».

C’est sur la plage de Montezuma, les deux pieds dans le sable, que je me retrouvais face à la mer, qui n’était pas mienne. Si j’avais su, du haut de mes 19 ans, qu’en rendant l’âme, elle allait partir avec une partie de la mienne.

Moi qui avais toujours ressenti une belle confiance, je me sentais insécure, déconnectée, presque sans vie et mon estime de moi était complètement ébranlée. J’avais vécu plusieurs deuils mais celui-ci était d’une violence incomparable.

C’est en regardant les vagues venir à moi et se retirer que le rappel de l’abandon se fit sentir.

Ma définition du mot mère prenait un nouveau sens.

J’étais consciente qu’une mère comme la mienne était une chance. Mais j’en connaissais maintenant son revers, elle me manquait autant que j’avais été aimée.

Son départ m’avait enlevé la capacité de me plonger dans le passé sans peur de m’y noyer et il avait atrophié toute possibilité de projets futurs.

Elle était partie avec le plus beau des regards sur moi, celui de l’amour inconditionnel et de la fierté. J’avais perdu ce reflet de moi qui m’indiquait le nord. Je n’avais plus de quai où accoster et la tempête se faisait de plus en plus envahissante.

Dans ses yeux, j’étais un diamant brut mais il me manquait sa lumière pour briller maintenant. Sans sa présence, ma lumière semblait s’éteindre au même rythme que moi.

Je me suis braquée tel un barrage devant le flot d’émotions. J’ai résisté, j’ai tenu bon, le temps d’étudier le courant. Puis, j’ai tout lâché, qu’est-ce que j’avais à perdre… j’étais épuisée.

Et si, au lieu de me noyer, je me laissais porter?

Et si, à lâcher prise, je laissais mes mains s’agripper à quelque chose de fort et de solide à nouveau? Et si, au lieu de mourir, je revenais à la vie?

Dès ce lâcher prise, j’ai laissé le courant de la vie choisir le mieux pour moi car, décidément, tenter de tout contrôler, depuis des années, ne m’avait aucunement rapporté. J’avais perdu ma mère mais j’avais de plus en plus la certitude que, chimiquement, elle m’habitait encore.

Oui, j’avais ressenti ce contraste chaud-froid de son absence mais sa lumière avait laissé quelque chose en moi.

Oui, la tempête fut difficile. Cependant,  je me demande souvent ce qu’aurait été mon deuil si j’avais lâché prise plus tôt. Si j’avais apprivoisé ce flot en moi et que je n’avais pas résisté aux outils que la vie mettait sur ma route pendant que je m’accrochais.

Dans ce lâcher prise, j’y ai trouvé du vide, oui, mais aussi beaucoup de conscience et de force.

P.S. Je dois même faire amende honorable. Ceux qui me parlaient de résilience me tannaient au plus haut point, cela ne faisait qu’amplifier le sentiment d’être incomprise et victime.

Aujourd’hui, je comprends plus, je ressens mieux. C’est évident qu’à tenter de survivre, à travers la tempête et ses revers, il m’était difficile de tenter de comprendre et de croire les rescapés, maintenant bien au chaud.

Je tiendrai toujours près de mon cœur d’accompagnante, cette vision claire.

Qu’est-ce qui aide le plus quand on nage contre le courant? Quelqu’un sur le bord, qui te rappelle que, lui, il y est arrivé, qu’il comprend que c’est difficile?

Ou une personne remplie d’humilité qui te rappelle, à chaque vague, que tu en prends plein la gueule, que tu es encore là? Qui t’encourage et te rappelle tous les outils et forces que tu portes en toi afin d’aller le rejoindre et qui te tend la main. Poser la question, c’est y répondre.

L’humilité et l’humanité sont indissociables lorsqu’il est question d’accompagner. L’humilité donne espoir et l’humanité donne le droit de croire en soi malgré toutes les bévues inimaginables.

Durant cette épreuve, tous mes muscles psychologiques s’étaient déployés en moi. J’avais appris à nager dans les pires conditions. A me retenir dans cette mer, j’avais voulu retenir la mienne!

Mais elle était partie comme la vague qui suit le mouvement de la vie, elle avait lâché prise, elle avait accepté de quitter la terre et laissé ses semences porter fruit.

Cette mer m’avait appris la sagesse. Par ses tempêtes et ses torrents, elle avait semé l’amour et la sagesse.

Comme la perle qu’elle était, j’ai enfin ressenti en moi le grain de sable irritant se transformer telle une offrande que j’appellerai, poétiquement, la résilience de la mer.

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