L’autisme et les mots!

L'autisme et les mots!

Les traits autistiques que j’ai, qui s’appellent syndrome d’Asperger, combinés avec une affection particulière envers les mots, font que j’attache énormément d’importance aux mots et à la formulation des phrases.

Et vous aurez beau me dire « ne t’attache pas aux mots, va au-delà », rien n’y fait. Et depuis un bout de temps, j’essaie de comprendre pourquoi.

Et même si je parle à la première personne, ce n’est pas que pour moi...

Honnêtement, quand je vois toutes les histoires, malentendus et « prises de tête » créées à cause d’un mot mal choisi ou d’une mauvaise interprétation, surtout concernant le sujet de l’autisme, du handicap, ça me fait dire que c’est très important pour beaucoup de gens.

Alors, voilà les explications possibles

Premièrement, l'autisme fait que l’exactitude soit une exigence, surtout quand on aime les mots (et à chacun son domaine !). Lorsqu’un mot n’est pas utilisé de façon exacte, n’est pas bien écrit ou un mot est utilisé à la place d’un autre, c’est très perturbant.

Je dois refaire la phrase dans ma tête, parfois la réécrire, pour en saisir et en accepter le sens. Je n’ai pas encore d’explication plus poussée que ça de ce côté, mais ça ressemble au côté obsessionnel des autistes.

Certains alignent des objets avec exactitude, d’autres corrigent les phrases et les mots… 🙂

Deuxièmement, tout simplement, nous donnons personnellement tous un sens différent aux mots, c'est personnel.

Pour certains, le mot « handicap » est stigmatisant et très négatif, pour d’autres c’est juste un terme.

Concernant l’autisme, par exemple, si on devait trouver des formulations de phrases qui seraient acceptées par tout le monde, on y passerait des années.

Certains veulent dire « je suis autiste » parce que l’autisme est une façon d’être au monde. D’autres préfèrent « je suis une personne avec autisme », parce que l’autisme n'est pas qui ils sont, etc.

Et c’est pareil pour à peu près tout, autiste ou pas. En réalité, tout le monde s’offusque pour des mots, car nous ne les utilisons pas avec la même intention et ne les interprétons pas de la même façon.

Troisièmement, et là c’est plus personnel, mais c’est tout de même quelque chose que j’ai retrouvé chez beaucoup de personnes, c’est l’intention que l’on met derrière.

Pour certaines choses, on pourrait presque utiliser n’importe quels mots, à partir du moment où notre intention est bienveillante.

Par exemple, si une personne ne connaît pas Asperger, ou l’autisme en général, et cherche sincèrement à comprendre sans avoir d’à priori, je ressens son intention même si elle utilise des mots comme « maladie » ou « souffrance » ou « trouble », je sais que son esprit est assez ouvert pour comprendre que c’est étiqueté comme un trouble, mais que ça peut être un véritable cadeau.

En revanche, quelqu’un qui en réalité est en train de juger, pourrait utiliser les meilleurs mots du monde, ça n’a aucune importance non plus… mais différemment.

Et enfin quatrièmement, c'est quelque chose qui va encore bien au-delà de l’intention, et c’est là où j’ai le plus de difficulté à faire abstraction des mots.

Il s’agit de la communication entre deux personnes (ou plus), en amour, en équipe, en amitié, en famille…

Ce n’est pas nouveau que ce sujet soit délicat, je sais bien! Je pense sincèrement que la sensibilité d’un autiste peut apporter beaucoup aux autres sur ce sujet-là.

Voici pourquoi.

Entre proches (et je mets les membres d’une équipe dans cette catégorie aussi… car une bonne communication est primordiale), nous partageons plus de choses, on se dévoile plus, on se renvoie plus de choses, on se « permet » plus… on est plus authentique.

La plupart du temps, on compte sur l’autre pour s’adapter à notre mode de communication. Du coup, même si notre intention est bonne, on a tendance à s’arrêter à notre première réaction à quelque chose que l’autre a dit ou fait.

Et on parle à partir de cet endroit en nous, qui n’est que réaction, souvent défensive, et je vais oser dire, qui n’est que pur ego. Parce que ce qui réagit en nous en premier lieu, c’est la plupart du temps un filtre personnel, une blessure, un programme interne.

On se dit qu’avec cette personne, on peut se le permettre, elle nous connaît et devrait nous comprendre… Mais ce qu’on réveille en elle, c’est exactement cette même chose: l’ego.

Alors, c’est là que j’ai du mal avec les phrases, et avec le fait d’aller au-delà de la formulation. Oui, je peux prendre sur moi avec quelqu’un que je ne vois pas souvent, dans une relation qui n’a pas une énorme importance dans ma vie.

Mais avec quelqu’un de proche… si l’effort n’est fait que d’un seul côté, ce n’est pas vivable.

Et il y a deux autres aspects très importants à cela: lorsque l’on fait l’effort de chercher une formulation que l’autre va bien accueillir, de s’adapter à son mode de communication:

  • Il sera d’autant plus reconnaissant (dans le cas d’une relation équilibrée) et fera l’effort lui aussi.
  • Ça nous pousse à aller chercher en nous-mêmes quelque chose de beaucoup plus profond, qui dépasse notre ego, qui est un endroit d’amour et de bonté.  On apprend à mieux se connaître, à parler de soi plutôt que d’accuser l’autre. On comprend mieux nos propres besoins et émotions. C’est un véritable processus de guérison! Et c’est sûrement pour ça que quand on me dit en face « tu n’as qu’à aller au delà des mots »... c’est un signe que c’est peut être une relation qui n’est pas faite pour fleurir.

Beaux dialogues à tous !

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