La santé psychologique et l’éthique au travail : les deux côtés d’une même médaille

La santé psychologique et l’éthique au travail : les deux côtés d’une même médaille
Depuis les dernières années, nous avons beaucoup entendu parler d’éthique et de santé psychologique au travail sans que leur interconnexion soit mise en évidence.

L’éthique intervenait surtout pour qualifier les manquements de certaines personnes dans l’exercice de leurs fonctions, lorsqu’elles ne répondaient pas aux attentes des membres de la direction pour obtenir et maintenir la confiance organisationnelle.

Les comportements observés faisaient état d’une liberté de gestion, que les pouvoirs donnés par le poste occupé semblaient permettre, sans qu’elle soit nécessairement en cohérence avec les valeurs et la mission de l’entreprise.

Considérant les coûts organisationnels et sociaux importants que les manques d’éthique peuvent engager, l’élaboration d’un Code d’éthique et l’établissement de nouvelles lois ou règles étaient souvent les remèdes proposés.

La santé psychologique, quant à elle, s’est invitée dans le discours avec la reconnaissance du harcèlement psychologique dans la Loi sur les normes du travail du Québec, la première au Canada. Son importance s’est accrue lorsque certaines institutions ont sonné l’alarme sur les coûts sans cesse grandissants de l’absentéisme en milieu de travail.

En effet, les coûts associés à la santé psychologique au travail sont évalués à 22 milliards de dollars pour l’économie canadienne en 2012[1]… De là, plusieurs organisations ont pris diverses initiatives pour encourager les employés à maintenir une bonne santé physique et mettre en place différentes actions dans les milieux de travail pour créer un climat de travail sain.

Mais qu’en serait-il si nous voyions ces deux avenues comme étant les deux côtés d’une même pièce afin de les considérer conjointement plutôt que séparément ? Serions-nous en mesure de faire d’une pierre deux coups ?

D’abord, il n’existe pas de définition de l’éthique qui soit consensuelle à ce jour. Pour les fins de l’article, nous allons simplement l’aborder comme un mode d’autorégulation, c’est-à-dire un mode par lequel nous décidons nous-mêmes des règles que nous allons nous imposer dans une situation donnée.

Il s’agit, en quelque sorte, d’un contrat que nous faisons avec nous-mêmes et qui nous permet d’être en cohérence avec les valeurs de l’organisation dans laquelle nous évoluons, tout en restant honnêtes avec soi-même.

Par la suite, la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) a mis sur pied son programme « Protégeons la santé mentale au travail »[2], qui donne une série d’outils pour aider les employeurs à mettre en place des mesures efficaces afin de prévenir et de répondre aux problèmes de santé psychologique au travail.

Avec la contribution d’experts chevronnés en la matière, la CSMC a élaboré une liste de 13 facteurs de risques psychosociaux à la santé psychologique au travail qu’un employeur doit considérer pour créer un milieu de travail sain et sécuritaire pour ses employés.

Les 13 facteurs de risques psychosociaux à la santé psychologique :

1.   Soutien psychologique
2.   Culture organisationnelle
3.   Clarté du leadership et des attentes
4.   Courtoisie et respect
5.   Compétences et exigences psychologiques
6.   Croissance et perfectionnement
7.   Reconnaissance et récompenses
8.   Participation et influence
9.   Gestion de la charge de travail
10. Engagement
11.  Équilibre
12.  Protection psychologique
13.  Protection de la sécurité physique

Lorsqu’on analyse ces 13 facteurs de risque, on remarque qu’il s’agit d’axes de gestion qui permettent d’orienter les pratiques organisationnelles de manière à ce qu’elles améliorent la santé psychologique au sein de l’entreprise.

Ils visent essentiellement à apporter une considération plus humaine au travail, où les besoins de réalisation et de protection de la dignité de la personne sont mis de l’avant.

Cette approche vient ainsi contrebalancer les effets d’un monde du travail qui définit le succès comme l’atteinte de chiffres, de résultats et d’objectifs, sans toutefois tenir compte de l’importance de la qualité des relations et du milieu dans lequel cette triade se réalise.

Afin que les gestionnaires et les membres de la direction puissent tenir compte de ces axes de gestion dans leur pratique, ils doivent nécessairement réévaluer leur approche pour déterminer si la leur mitige ces risques ou non.

De ce fait, ils seront amenés, en quelque sorte, à établir dans quelle mesure ils souhaitent intégrer la dimension humaine à leurs pratiques de gestion et procéder aux changements requis.

Bien que la réponse à cette question puisse sembler évidente, la réflexion à faire l’est moins. En effet, elle oblige à migrer d’un paradigme rationnel, où tout peut être calculé et prévisible, à un paradigme relationnel, où la subjectivité, toutes les nuances de gris et l’imprévu sont au rendez-vous.

Elle n’est donc pas sans difficulté. Pour certaines personnes, ces changements peuvent ainsi faire en sorte qu’elles devront mettre de l’avant un savoir-être qui n’est peut-être pas naturel ou spontané dans leur manière de concevoir leur rôle au travail.

En somme, le succès d’une démarche en santé psychologique au travail fait appel au courage des personnes en situation de pouvoir qui devront revoir leur éthique et les pratiques de gestion qui en découlent et apporter les changements requis pour que soit tenu en compte le facteur humain.

Ainsi, si la dimension humaine du travail inhérente à une démarche en santé psychologique au travail est intégrée dans la réflexion éthique des gestionnaires et des membres de la direction, il sera possible d’améliorer la santé et la confiance organisationnelle au bénéfice de tous et de manière durable !

[1] Chaire en gestion de la santé organisationnelle et de la sécurité au travail, « Les coûts du stress au travail », <http://cgsst.com/couts-stress-travail/>, 13 décembre 2018.

[2] Le programme et une définition des facteurs de risques psychosociaux à la santé psychologique peuvent être consultés sur le site de « Protégeons la santé mentale au travail » : https://www.psmt.ca/.

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