Devenir un homme #moiaussi

Devenir un homme #moi aussi
Plusieurs sociétés modernes ont été secouées par le mouvement #moiaussi qui révélait au grand jour une réalité machiste entre les hommes et les femmes* où des transgressions verbales, physiques, exhibitionnistes et voyeuristes à connotations sexuelles non-consentantes faisaient des ravages silencieux, bâillonnés par le pouvoir.

Tristement, une culture de la banalisation de ces transgressions s’est installée jusqu’à ce que l’inertie atteigne son point de réveil et trouve une voix à forte tonalité pour faire vibrer l’ensemble des sphères institutionnelles et ce, des plus hermétiques aux plus avant-gardistes.

La grogne a fait place à plus de vigilance, ce qui permet d’ouvrir la réflexion sur d’autres enjeux qui ont été mis à l’ombre et laissés pour compte pendant la vague de dénonciation.

En tant que sexologue masculin, je crois qu’une certaine responsabilité sociale, aussi modeste soit-elle, à participer à la chorale publique m’apparait pertinente. C’est avec incertitude, sensibilité et un profond intérêt pour les deux sexes et leurs différences que j’ai eu à participer à des joutes verbales, dans l’exercice de mes fonctions.

Que ce soit à micro fermé, à micro ouvert, à bâtons rompus et, lorsque le contexte le permettait, dans mes fonctions de psychothérapeute, j’ai senti un désarroi sincère des interlocuteurs envers la condition masculine.

Les messages envoyés

Qui sont les garçons qui composent notre société? Comment sont-ils éduqués? Les messages que l’on renvoie à nos garçons en plein développement sexuel sont-ils trop tranchés, féminisés et culpabilisants?

Les garçons ont-ils des modèles masculins inspirants pour développer leur saine virilité et leur sentiment d’appartenance à leur genre masculin? Par quel processus de vie les garçons passent-ils pour construire leur identité et exprimer leur sexualité?

Toutes ces questions ne seront pas répondues dans cette chronique mais elles permettent d’offrir un terrain fertile en réflexions aux garçons et aux hommes d’aujourd’hui et de demain.

« Prouve que tu es un homme », « Sois un homme », « Fais un homme de toi », sont toutes des phrases indicatives qui sous-tendent que le mâle humain doit faire ses preuves et agir d’une certaine façon pour être reconnu comme étant un homme (Badinter, 1992).

Plus rarement entendons-nous « Sois une femme », n’est-ce pas? À l’origine, les garçons naissent dans la dualité avec la mère. Les filles n’ont pas cet enjeu identitaire à se différencier de la mère, elles sont davantage dans la continuité tandis que les garçons vont se définir dans l'adversité.

Ils construisent leur identité en ne voulant pas être une femme (Badinter 1992). Comme si ne pas être une femme était devenir un homme. Certes, ce principe est discutable mais il traduit une réalité identitaire développementale qui tient la route et qui se constate dans les dynamiques sexuelles, une fois à l’âge adulte.

Amenés à performer...

Une des souffrances révélatrices que l’on retrouve en sexologie clinique chez les hommes est une difficulté à tolérer une sexualité qui intègre les émotions, la tendresse et la proximité affective de l’Autre. Les hommes sont amenés à performer pour réaffirmer leur virilité.

Une relation sexuelle « réussie » renvoie souvent à une évaluation ponctuelle des réponses physiologiques : avoir une érection satisfaisante, ne pas éjaculer trop rapidement, conquérir une femme désirable et lui procurer du plaisir.

Il est reconnu que les garçons en début de vie sexuelle se valorisent par une sexualité de quantité et non de qualité. Plus précisément, une sexualité plus génitalisée qu’une sexualité de présence à l’Autre. Être proche de l’Autre, c’est le risque d’être englouti symboliquement.

Ainsi, pour que le désir sexuel des hommes s’oxygène et existe, il y a une forme de clivage qui s’opère pour justement créer une distance saine entre la femme bienveillante renvoyant à la mère et une femme davantage objectivée. Celle-ci, étant dénuée des attributs potentiellement engloutissants au plan affectif, peut permettre l’expression du désir sexuel.

Processus...

Le garçon a besoin de trouver un moyen de créer un certain détachement momentané à l’Autre, dans la sexualité, pour avoir du plaisir et rassurer une partie de son sentiment d’appartenance à son sexe.

Tous les garçons vivent plus ou moins une forme de clivage afin de survivre dans une sexualité fonctionnelle et épanouissante. Or, ce processus développemental pour les garçons est injustement dénonciable car il fait partie d’un processus de survie identitaire différent de celui des femmes.

Évidemment, il n’y a pas que le processus développemental ci-haut décrit qui explique la sexualité des hommes. Il y a, entre autres, l’influence des images pornographiques visionnées qui renforcissent cette image stéréotypée de l’homme machiste et de la femme-objet.

Ce n’est pas pour rien que la pornographie est construite ainsi. Elle représente, de façon très caricaturée, des scénarios évoquant ce besoin de clivage pour les hommes. C’est une virilité basée sur la domination plutôt qu’une virilité qui se définit comme Alain Corbin et al. (2011) le mentionne : une virilité ressentie.

C’est le sentiment qu’un homme éprouve comme homme, de telle sorte qu’il peut améliorer ses interactions sociales et se sentir à l’aise à l’intérieur des rôles masculins. (Jeffrey 2012).

Il faut tenir compte de cette réalité

Ce qui est intéressant à retenir est que les garçons ne se développent pas de la même manière que les filles. En tenant compte de cette réalité, il sera plus facile de concevoir des actions en matière d’éducation à la sexualité qui soient ciblées pour les deux sexes.

Favoriser des contacts plus harmonieux entre les garçons et les filles ne doit pas être synonyme de féminisation des garçons.

Il est impératif que les garçons raffinent leurs approches dans la séduction, dans la manière de communiquer leurs émotions et leurs besoins sans pour autant mettre de côté leur besoin de s’actualiser dans leurs attributs de conquérants et d’individus capables de créativité pour se faire valoir.

Une saine agressivité s’avère nécessaire pour se démarquer et cette énergie peut être canalisée à travers une foule d’initiatives qui sort des stéréotypes masculins réducteurs et dévalorisants pour les hommes.

En somme, il revient également aux hommes de se servir du mouvement #moiaussi pour réfléchir à ce qu’ils ont été, à ce qu’ils sont, à ce qu’ils seront et au legs qu’ils laisseront derrière eux.

*Ce texte ne se veut pas hétéronormatif. La réflexion s’articule autour des relations homme-femme, mais elle aurait pu s’appliquer à d’autres cas de figures. 

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Références :
Badinter, E., 1992. XY de l’identité masculine, ed. Odile Jacob.
Jeffrey, D. et Lachance, J. 2012, Codes, corps et rituels dans la culture jeune, Presses Université Laval.

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