La bulle Asperger n'est pas immuable !

La bulle Asperger n’est pas immuable !
On me dit « Toi autiste ? Mais non, pas toi... » Aujourd'hui, je ne vais pas répondre par une réplique sur les clichés, les préjugés et l'ignorance. Je vais essayer de dire quelque chose qui, j'espère, sera plus constructif et informatif.

Parfois l'autisme est évident. D'autres fois, il l'est beaucoup moins.

Mais quel que soit le cas, il y a des difficultés qu'on a en commun pour beaucoup d'entre nous, même si nos personnalités et les façons de vivre nos difficultés sont très différentes.

Les traits autistiques qui ont peu d'impact

Je me rends compte qu'avec le temps et les progrès, ce sont toujours les mêmes choses qui me posent problème... Et qu'il n'y en a pas tant que ça.

Disons que la plupart des traits de l'autisme restent juste ça : des traits.

Par exemple, ne pas comprendre le second degré ne me pose plus de soucis, sauf avec des personnes malveillantes ou qui considèrent que faire cet effort n'est pas nécessaire (« tu n'es quand même pas si autiste que ça »).

Heureusement ces personnes ne sont pas la majorité dans ma vie.

Il y a d'autres traits qui ont un impact physique mais sans conséquence que le moral, sauf en cas de négligence.

Par exemple, l'environnement immédiat : les endroits bruyants et/bondés de monde me demandent un effort de concentration immense qui, assez rapidement, m'épuise complètement.

Par la suite, si je ne prends pas le temps de me reposer/ressourcer, là le moral en prend un coup. Et du coup mon entourage potentiellement aussi... 🙂

Puis ceux qui en ont plus...

Et puis il y a des choses que moi personnellement je n'ai pas encore résolues et qui continuent, par moments, à me mettre dans réel état de détresse.

La principale, c'est le biais par lequel on se connecte les uns aux autres. Probablement, le contexte le plus propice est le dîner de famille, ou un moment entre amis, ou tout événement où l'on peut être amené à interagir plusieurs personnes. En bref : le groupe.

Il y a quelque temps, c'était un dîner de famille où je voyais une complicité extraordinaire entre ma mère et une autre personne que j'aime beaucoup.

Cette complicité, pourtant profonde, était créée grâce à quelque chose dont je suis incapable : du « small talk » comme disent les anglo-saxons. Des discussion autour des petites choses sans importance : shopping, vêtements, sport, etc.

Une autre fois, dans un événement avec beaucoup de personnes réunies autour d'un sujet qui me parle et m'intéresse... où je voyais de parfaits inconnus créer de vrais liens très vite, soit en utilisant les moyens proposés par les organisateurs, ou juste en nouant des discussions.

Moi j'étais à part.

Rien à voir avec la sociabilité

Et ne me comprenez pas de travers : je suis sociable, souriante, j'aime les gens. Mais les façons dont la plupart ont l'habitude de créer des liens, j'ai l'impression qu'elles sont complètement en dehors de mes compétences, parfois à mon plus grand désespoir.

Après ces événements, je peux rentrer chez moi et m'effondrer en sanglots. À ces moments là, j'ai la sensation de me priver de super moments de joie partagée avec de belles personnes.

Et pour arriver à en profiter de ces moments-là, il faudrait que je joue un rôle, et donc en réalité je n'en profiterais pas vraiment, rentrerais épuisée et frustrée de ne pas avoir été moi-même.

Et voilà, j'ai cette foutue sensation d'être prise dans un piège.

La bulle

C'est ce que j'explique souvent à propos du fait d'être autiste : on n'a pas peur des gens. On a peur de ne pas arriver à créer des liens et d'être exclus. C'est notre « bulle », qui est parfois notre prison, mais qui parfois nous sert aussi de refuge, puisqu'on peut y trouver du repos.

C'est vraiment important que tout le monde (autiste et non autiste) comprenne ce point crucial : la bulle n'est pas une fatalité, elle n'est pas immuable.

Il y a toujours une voie de sortie. Je vais, par exemple, beaucoup plus facilement nouer un lien avec quelqu'un en tête à tête, ou en tout petit groupe.

Plus naturellement, on part sur des conversations plus intimes sans être intrusives. Du coup, même si le lien ne dure qu'une soirée, il est authentique. Et parfois il dure beaucoup plus.

Contrairement à certains clichés, pour créer ce lien on ne va pas parler que de ce qui intéresse la personne autiste. On parle de tout, mais à un niveau beaucoup proche de l'essence, des vraies valeurs, du cœur.

Là, je peux me connecter à vous. Mais c'est là aussi que je peux me déconnecter de vous, si nos façons de communiquer sont trop différentes.

Se connecter à l'autre

Parfois aussi, certaines personnes ne souhaitent pas aller aussi près de leur cœur. On ne va pas arriver à vraiment bien s'entendre non plus.

Tout comme moi je ne pourrai pas tenir longtemps dans une conversation qui n'emploie que la tête, comme la plupart des débats. A chacun son truc! 🙂

L'autiste en moi aime bien extrapoler ce qui m'arrive et en faire des exemples généraux. Alors voilà ce que je retire de tout ça et que j'aimerais partager.

Qui qu'on soit, on crée constamment des liens avec les autres, pour 5 minutes, pour 5 ans, ou pour la vie. Et bien souvent, on sent quelque chose qui va largement au delà des paroles échangées, sans savoir ou pouvoir expliquer ce que c'est.

Personnellement, je trouve ça génial d'arriver à comprendre ce qui aide à créer le lien. Ca nous apprend énormément, sur nous mêmes, sur notre façon de nous connecter aux autres.

Et à chacune de ces découvertes on adopte vraiment une nouvelle démarche dans le monde.

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