Aide-moi à faire tout seul

« Aide-moi à faire tout seul »

« Aide-moi à faire tout seul » est la devise de Montessori, la demande implicite de l’enfant qui a besoin d’être accompagné et aidé, pour arriver à apprendre l’indépendance.

Bien que paradoxal à première vue, on l’accepte parfaitement pour un enfant, et on a un regard attendri et bienveillant sur cette innocence qui est la leur. Bon, ça ne nous empêche pas de vouloir leur imposer notre façon de faire, mais passons, ce n’est pas le sujet ici.

Un Aspie (une personne concernée par le syndrome d’Asperger) a sensiblement le même besoin, la même demande implicite… ou parfois explicite. Mais pour un adulte, ça paraît tout de suite moins évident, moins acceptable. Et pourtant si nécessaire à comprendre…

Je vais essayer d’être simplement factuelle ici, sans rentrer dans la recherche d’attendrissement avec trop d’émotions.

Même les plus brillants des Aspies, les plus « invisibles » (on ne dirait jamais qu’ils ont le syndrome) ont un côté très enfantin, très innocent.

Cela va avec plusieurs points, par exemple la difficulté à saisir le second degré quand on n’y est pas prêt, une aversion pour le mensonge, une peur de mal faire (parfois excessive, même si elle n’est pas exprimée), une expression très brute des émotions et des pensées… etc.

Et ce côté enfantin est également donc accompagné d’un besoin d’accompagnement sur des points qui font légèrement (ou moins légèrement) défaut.

Par exemple, un Aspie peut être brillant dans son domaine, mais peut avoir vraiment besoin d’aide pour savoir en parler et le présenter, le synthétiser et l’expliquer en des termes qui vont vraiment parler à l’interlocuteur.

Autre exemple, un Aspie peut être, et l’est très souvent, très exigeant avec lui-même, à tous points de vue. Il n’a vraiment pas besoin qu’on lui en rajoute, surtout que le sentiment de culpabilité fait souvent partie de son principal répertoire d’émotions.

Ce dont il a en revanche vraiment besoin, c’est d’un espace de bienveillance où il peut poser les armes avec lesquelles il lutte contre lui-même, se sentir soutenu et en sécurité.

Et là, son cerveau passe du mode « je dois d’abord gérer l’environnement extérieur et intérieur avant de faire tout le reste » au mode « CRÉATIVITÉ ET PLEINE PUISSANCE : ON ». Et ce n’est presque plus la même personne.

Étonnant ? Je comprends ! Comment est-ce que quelqu’un qui a l’air de si bien gérer tellement de choses dans la vie peut avoir autant besoin d’être rassuré ? Même pour nous, honnêtement, c’est un mystère la plupart du temps, mais ça reste néanmoins un fait.

J’ai lu quelque part une fois que « les autistes sont faits pour vivre dans un monde de pureté », et j’ai vraiment adoré cette façon de dire les choses.

Une autre phrase lue quelque part également, « l’autisme c’est la réaction de l’âme à un monde avec trop de mental, et pas assez de cœur ». Ça ressemble vraiment beaucoup à ma façon de vivre la chose, et à celle des Aspies que je connais.

Tout ceci étant dit, bien évidemment, je n’ai pas rencontré un seul Aspie qui ait envie de rester éternellement dans ces montagnes russes de « bien - pas bien ».

Et c’est là que notre expérience rejoint celle de n’importe quel être humain : accepter notre façon d’être maintenant, avec tous nos états, toutes les émotions quelles qu’en soient les couleurs, apprendre à s’aimer avec tout ça, ne rien exclure… et faire de cette acceptation juste UNE ÉTAPE pour pouvoir avancer, s’élever bien au-delà, concrétiser ses rêves, s’accomplir.

Parce que nier, fuir, critiquer ou juger une partie de ce qui compose notre ici et maintenant est vraiment contre-productif.

Si notre réalité aujourd’hui était la fondation de ce que nous construisons pour demain, alors on ne peut pas ignorer les trous, les bosses, les fissures… Il faut tout prendre en compte pour ne pas que nos constructions s’écroulent plus tard.

Alors… « aide-moi à faire tout seul »... s’il te plaît 🙂 Et je t’aiderai aussi.

1 réflexion sur “« Aide-moi à faire tout seul »”

  1. Madame,
    Je lis souvent le syndrome d'Asperger lié (et même étroitement) à l'autisme. Sont-ce deux concepts indissociables ou bien y a-t-il des Aspies ne souffrant pas d'une quelconque forme d'autisme ?
    Autre chose : les quelques articles que j'ai pu lire au sujet du syndrome d'Asperger restent liés aux enfants, un peu comme s'il ne pouvait y avoir que des Aspies enfants ou bien que l'importance du problème s'atténue avec l'âge et donc qu'il ne faudrait aider que les enfants parmi la population concernée ?
    Dernier point : je ressens un lien entre les concepts de syndrome d'Asperger et de personnes à haut potentiel (HP). Est-ce que ces deux sujets sont liés ?
    Merci d'avance pour votre attention. J'espère avoir bientôt le plaisir de vous lire.
    Très respectueusement.
    Joël Navez.

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