Aimer l’autre avec ses qualités et ses défauts ? Vraiment ?

Aimer l’autre avec ses qualités et ses défauts ? Vraiment ?
Qui n’a pas un secret à cacher, au fond de son âme ? Quelque chose qu’il a vraiment peur de montrer aux autres ? Surtout à ceux qui pourraient, en le découvrant, être déçus, arrêter de nous aimer et partir ?

Nous avons tous des démons au fond de nous. Pour la plupart d’entre nous, ils dorment la plus grande partie du temps. Mais quand ils se réveillent… le monde entier change.

Il change parce que notre regard sur lui change. On ne le voit plus à travers nos yeux habituels, mais à travers les yeux du démon.

Le démon, c’est peut être le sentiment d’être abandonné, ignoré, laissé pour compte.

C’est peut-être complètement autre chose, une rage, une colère, une dépendance, un mensonge, une histoire qui nous hante.

Peu importe. Peu importe ce que c’est, l’important c’est que ça nous hante et nous empêche d’aimer. Et tant que ça nous hante, tant que ça reste un secret qu’on a peur de montrer, on n’est pas libre.

Qu’on le sache ou pas, là où ça pose le plus de problèmes, c’est dans la vie de famille. Et pour commencer, la vie de couple.

On qualifie ça de « défauts », petits ou gros, ça ressort dans des comportements, des réactions, des phrases, des choses qu’on dit ou fait spontanément, et dont on a l’habitude, puisque… « on est comme ça ».

Et la plupart du temps, on ne se doute pas qu’en réalité, on n’est pas « comme ça ».

C’est juste que dans les moments où quelque chose s’approche de trop près de la porte secrète qui enferme notre démon… ses gardes se réveillent pour se défendre et, s’il le faut, attaquer.

La distance inconsciente

Dans ces moments là, une distance est créée avec l’autre. Bien sûr : on l’expulse de notre intimité. On a envie de choisir ce à quoi on donne accès, et on enferme le reste, et ça crée une distance et dresse un mur.

Alors, viennent les disputes, les incompréhensions, les reproches, les ressentiments… la distance grandit, aimer devient difficile.

Certains vivent avec, parce que « tout n’est pas rose dans la vie », parce qu’on « ne peut pas tout avoir », parce que rien ni personne n’est parfait, parce que n’est normal.

Ceux là arrivent à se convaincre que cette distance dans un couple est normale, et puis c’est comme ça dans 99% des cas, alors oui, c’est normal…

On comment à se dire « il faut accepter et aimer l’autre tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts ». Et quelque chose m’a toujours profondément dérangé dans ce concept.

Bien sûr, il est vrai… Mais comme beaucoup de choses, il y a différents niveaux de compréhension. Et au niveau où je le percevais jusqu’à maintenant, ce n’était pas du tout satisfaisant pour moi.

De quoi on parle au juste ?

Déjà, le « il faut »… Pourquoi il faut ? Qui me force à aimer quelqu’un ? Et pourquoi dois-je l’accepter ?

Pour faire bien, pour ne pas être seule, pour répondre aux exigences de la société, de la famille, pour apaiser les peurs, pour se convaincre qu’on est digne de vivre une vie de famille ?

Et « accepter », ça veut dire quoi au juste ?

Accepter comme on accepte une situation qui ne nous plaît pas mais dans laquelle on n’a pas vraiment le choix ?

Accepter comme on accepte de faire un travail qu’on n’aime pas mais bon, il paie les factures, alors on fait avec ?

L’idée que quelqu’un m’accepte de cette façon là m’a toujours fait horreur… Et celle d’accepter de cette façon la personne avec qui je partage ma vie me fait le même effet.

Aimer, ce n’est pas ça !

Alors que faire ?

Et pourtant… Personne n’est parfait, effectivement, alors on fait quoi ?

À commencer par soi-même… Comment être en couple, s’aimer vraiment, avoir une relation sincère basée sur une connexion profonde, malgré les imperfections de l’un et de l’autre ?

Pour commencer, j’ai compris, et appris, que la relation à l’autre reflète exactement la relation qu’on a avec soi-même.

Aucun reproche n’a de sens, aucune rancune n’a de fondation solide, tant qu’on n’a pas résolu en soi-même ce qui nous fait créer et recréer cette expérience douloureuse dans notre vie.

Et oui, on la crée et recrée… Elle ne prend pas toujours la même forme, mais réveille toujours les mêmes émotions. Elle réveille le même démon.

On renonce à nos armes

Oui c’est dur, accepter que reprocher quelque chose à l’autre est vain, ça veut dire renoncer à l’idée qu’on nous a fait du mal, et que quelqu’un puisse venir réparer ce mal.

C’est prendre la responsabilité de son expérience sans blâmer qui que ce soit et sans partir dans l’autre extrême de se dire qu’on s’en fiche, pour se protéger… Et c’est très difficile.

Mais c’est là qu’on commence à « accepter » l’autre… puisqu’on commence à comprendre que ce qu’il a fait, son comportement, son fonctionnement… n’est ni bon ni mauvais, n’est pas contre nous, ne remet pas en question ses sentiments ni ses intentions.

L’autre est comme il est, tout comme moi je suis comme je suis. C’est un premier aperçu de ce que c’est, aimer de façon inconditionnelle.

Trouver une nouvelle façon d’être

Pendant un moment, on peut se sentir coincé, puisque notre comportement habituel n’est plus disponible… On ne peut plus accuser, on ne peut pas non plus se détacher pour se protéger, et on ne peut pas attaquer…

N’importe lequel de ces 3 schémas ferait plus de dégâts qu’autre chose, et on le sait, on le sent. Alors on fait quoi ?

On est comme un lion en cage par moments, avec le démon qui rugit et devient fou, et ne trouve pas ses portes de sortie habituelles.

La seule chose à faire c’est de regarder en soi. Regarder le démon en face. De toute façon, si on ne le fait pas, il pourra se rendormir.

Mais il se réveillera avec encore plus de forces plus tard et guidera toujours nos expériences de vie. Alors, tant qu’à faire…

Et puis il faut savoir que lorsque l’idée de le regarder en face nous vient, ça veut aussi dire qu’on a, à ce moment là, toute la force nécessaire pour le faire.

Il faut juste oser, un peu comme pour arracher un pansement, juste se décider et y aller.

Se libérer…

Quand on ose le regarder, d’un seul coup, il devient plus petit. On a enlevé les miroirs déformants qui le rendaient immenses.

Il ne perd pas toute sa force pour autant, non. Il nous tient encore par les tripes. Mais au moins, on sait, on sent vraiment, que rien ni personne ne pourra jamais nous aimer assez pour combler le vide en nous.

Si on veut le combler, il faut faire la paix avec le démon. Cette idée peut faire peur… jusqu’à ce qu’elle fasse son chemin et nous fasse réaliser qu’on a tout le pouvoir.

Et qu’en fait, peu importe ce qui va se passer à l’extérieur… c’est la paix intérieure qui compte vraiment.

C’est un énorme soulagement, de ne plus se sentir dépendant du reste du monde.  On commencer à s’aimer…

Changer le sens des mots

Et vis à vis de l’autre, on comprend alors que la vie nous l’a donné pour nous aider à progresser, à avancer.

Alors on sent de la reconnaissance, et on accepte l’autre comme il est. L’expression prend un autre sens, on la comprend avec un niveau de conscience complètement nouveau.

On n’accepte pas quelqu’un dans notre vie par peur ou par obligation, en appréciant ses qualités et faisant avec ses défauts. On est avec quelqu’un dont la façon d’être convient parfaitement à la nôtre.

C’est un puzzle. Quand on a besoin d’apprendre pour avancer, l’autre nous offre exactement ce dont on a besoin pour ça. Quand il a besoin d’avancer, c’est nous qui l’aidons.

Et la vie est bien faite: on le fait tout le temps, même quand on ne le sait pas, et même quand c’est quelque chose qui apparaît comme une épreuve. On est complémentaire.

Parfois, deux personnes sont parfaitement complémentaires juste pour un temps court, le temps de s’apporter mutuellement la leçon nécessaire.

Parfois c’est pour la vie

Et parfois, elles sont complémentaires dans le bonheur, et ça dure…

Ce qu’on appelle nos « défauts » trouvent un espace de parfaite acceptation dans la relation et en l’autre, et vice versa.

C’est comme si la relation avait besoin même de nos défauts pour fonctionner. Et ce n’est d’ailleurs pas « comme si » : c’est exactement le cas. Et grâce à ça, on se sent apaisé, parce qu’on peut être soi-même tout le temps.

On ne s’aime pas mutuellement « malgré » les défauts. On apprend à s’aimer PARCE QUE ces défauts sont là.

Et ce ne sont pas des défauts. Ce sont des petits bouts de l’autre, dont on a autant besoin que de ses « qualités » pour se sentir comblé et pour aimer la vie.

Peut-être que nous avions besoin d’aider quelqu’un pour se sentir vivant, et ce quelqu’un est notre partenaire de vie. C’est peut-être pareil pour lui.

On l’aime précisément parce qu’il est comme il est, entièrement. Et il nous aime exactement pour la même raison : parce qu’on est comme on est.

Imaginez un instant le sentiment de paix dans votre être, quand vous êtes aimé parce que vous êtes ce que vous êtes…

Liliya Reshetnyak

Liliya, touchée par le syndrome d’Asperger, a créé une entreprise pour aider d’autres «neuro-atypiques» à mieux s’épanouir dans leur vie professionnelle. Sa vision est celle d’un monde où les étiquettes et la normalité n’existent plus, car chacun est libre d’être lui-même partout et à chaque instant. Plus d’informations sur son site internet.